Yannick Jaulin
au Théâtre des Bouffes du Nord
Des places à gagner !

“Pour aller au bout de cette quête linguistique et amoureuse, intime et sociale, il me fallait prendre deux chemins différents, faire deux spectacles sur un seul et même sujet : la transmission.”

                                                                                                                                                Yannick Jaulin

Abonnés à La Grande Oreille, nous vous offrons des places pour deux, pour les spectacles de Yannick Jaulin, le 10 ou le 11 octobre à 19h. Si vous êtes intéressés, écrivez-nous à l’adresse : info@lagrandeoreille.com

Deux spectacles :

  1. Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour

Jaulin aime les mots, ce n’est pas nouveau. La langue est son outil de travail et le voilà qu’il parle de son outil, il met des mots sut les siens, le français qu’il adore, sa langue de tête, et le patois, sa langue émotionnelle, la vénération pour toutes ces petites langues échappant à l’économie mondiale. Il raconte joyeusement son amour des langues en duo avec Alain Larribet musicien du monde et béarnais. Il parle de son héritage sensible et de ses lubies : la honte des patois, la résistance à l’uniformisation, la jouissance d’utiliser une langue non normalisée, et la perte de la transmission, car avec les mots disparaissent aussi les savoir-faire, les savoir-être au monde. Un spectacle comme un jardin de simples, vivifiant et curatif et un Jaulin qui bataille avec les « maux » de sa langue.

Cette fois, Yannick Jaulin flirte avec la conférence. Pour preuve, sur scène, pour nous parler de sa langue, le parlanjhe, il se tourne régulièrement vers un lutrin avec quelques notes et des lunettes mises régulièrement au bout de son nez. Parfois, il a aussi des tonalités de chroniqueur du monde moderne s’amusant à des clins d’oeil de l’actualité.

Finalement, ce mélange de légèreté et d’érudition, de rappels historiques et d’anecdotes souriantes, sonne comme un plaidoyer à la diversité et à la différence. Pas étonnant qu’à la fin du spectacle, quand les spectateurs reprennent la parole, on entende des mots de roumain, de berbère ou de breton. Avec Ma langue maternelle va mourir, tous les mots et toutes les langues reprennent vie.

  1. Causer d’amour

Joachim Florent, Yannick Jaulin et Morgane Houdemont

Un trio avec Morgane Houdemont au violon et Joachim Florent à la contrebasse. Eux triturent la musique pour en faire une langue et Jaulin explore les chemins tortueux de sa construction émotionnelle. Des veillées d’enfance sous la table de la ferme aux histoires mythologiques des profondeurs, des récits poqués à sa déroute amoureuse qui virent en valses jouissives.

Jaulin n’a jamais réussi à raconter une belle histoire d’amour, que des histoires d’amour raté, des horreurs. À travers elles, il se coltine à lui, il enquête sur e qui l’a construit, s’approche de sa géographie d’enfance qui a bâti sa manière ou ses mauvaises manières d’aimer. C’est un Yannick Jaulin intime, au présent qui nous renvoie chacun à la terrible difficulté de vivre l’Amour, libre de tout héritage, un Jardin qui se livre comme jamais. Yannick Jaulin cause d’amour perdu.

Il part à la recherche des sources de ce handicap qui le laisse avec deux mariages sur le flanc. Il revisite son enfance paysanne dans ce monde où l’amour était omniprésent mais où on n’en parlait jamais franchement. Entre les deux, l’universel des contes et l’unicité de son histoire, se trouve tout le talent de Yannick Jaulin. Il trouve ce point d’équilibre ténu entre une histoire personnelle et une réflexion qui nous interpelle tous.

Sur scène, le spectacle est rythmé par les compositions de Morgane Houdement au violon et Joachim Florent à la contrebasse, qui, tel un choeur de tragédie grecque derrière deux autres écrans, viennent résonner avec les mots et amplifier le propos. Ce n’est plus du conte, ce n’est pas vraiment du théâtre. C’est aussi du chant, de la musique et des pas de danse. C’est du Jaulin.

Dans un troublant effet de miroir, Yannick Jaulin nous a renvoyé à notre propre chemin. Comme souvent les contes.

Gilles Kerdreux (extraits).

 



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